Avez-vous le sentiment que le métier d'expert-comptable change ?
Il y a jusqu'à présent une forte stabilité de la profession d'expert-comptable. Mais la conjugaison de plusieurs évolutions, à la fois réglementaires, technologiques et des marchés, va probablement entraîner une mutation du métier.
Quelles sont ces évolutions technologiques et de marché ?
Il s'agit tout simplement de la révolution internet qui impacte notamment la communication directe entre l'expert-comptable et ses clients ainsi que le mode d'enregistrement des opérations comptables.
Quelles sont les conséquences de ces changements sur votre métier ?
Il y aura une réduction progressive des marchés traditionnels. Par contre, les marchés de diversification de la profession peuvent facilement prendre le relais en termes de volume d'activité mais cela se fera avec une approche marché différente. Je pense au développement d'activités de conseil spécialisées dans différents domaines. Chaque expert-comptable aura certaines spécialités mais pas toutes. La profession a donc intérêt à se concentrer un peu pour que les cabinets acquièrent une taille plus élevée. Cette nécessité est valable tant pour la France que pour les autres pays latins. Je ne pense pas qu'on puisse avoir une approche pluridisciplinaire avec une échelle trop petite.
Où en est In extenso en matière de diversification ?
In extenso est en phase de mise en place sur des domaines connexes à l'activité comptable. Il s'agit du conseil aux TPE et aux PME. Cela concerne par exemple la gestion de l'entreprise, la fiscalité des dirigeants, la gestion du patrimoine et autres domaines du conseil.
Croyez-vous qu'il existe un marché du conseil en gestion pour les TPE ?
Les TPE ont besoin de conseil en gestion. Notre travail ne doit pas s'arrêter à la production de la liasse fiscale. Il faut aider les TPE dans un certain nombre de domaines tels que le calcul de prix de revient, la production de devis, la fourniture d'outils de gestion simples et accessibles, etc.
Pourtant, l'activité des cabinets comptables est peu orientée vers cette prestation-là…
Il suffit de faire évoluer les missions. Les collaborateurs doivent savoir fournir cette prestation et il faut dire aux clients que désormais la prestation comprend le conseil en gestion.
L'un des freins avancés par les cabinets réside dans la difficulté de faire payer davantage au client…
Si nous rendons davantage de services, cela devrait avoir un prix mais le débat ne doit pas se focaliser sur la course au chiffre d'affaires pour les cabinets mais plus sur la rétention du marché.
Comment les cabinets peuvent-ils organiser la collecte et la fourniture fréquente des indicateurs de gestion aux TPE ?
Nous ne sommes pas obligés de fournir ces informations sur une base mensuelle. Cela peut se faire une fois par trimestre ou via un recadrage ponctuel. Il y a plein de façons de faire dans ce domaine. L'approche ne doit pas être binaire.
Constatez-vous un changement dans les pratiques commerciales et marketing des cabinets ?
Les experts-comptables ont une approche commerciale depuis longtemps. Ils n'ont pas attendu la réglementation pour cela car le marché est concurrentiel depuis longtemps. En ce qui concerne In extenso, notre approche est plutôt déontologique. Notre groupe est très respectueux des instances et des confrères, ce qui n'est pas le cas de certains groupes concurrents qui sont beaucoup plus agressifs.
Il se dit que vous réalisez régulièrement des enquêtes de satisfaction…
Nous réalisons deux types d'enquête tous les deux ans. L'une concerne la satisfaction de la clientèle, l'autre la satisfaction des collaborateurs. Ces études sont dans la culture d'In extenso depuis une dizaine d'années. Cela permet de nous comparer régulièrement puisque nous recueillons l'attente des clients vis-à-vis de l'ensemble des experts-comptables de la profession. Plus précisément, nous demandons aux entreprises quelles sont leurs attentes en terme de produits et de services en dehors des missions traditionnelles.
Qu'en ressort-il ?
Les TPE expriment une forte attente d'aide au quotidien pour des missions telles que la mise en place d'un petit processus budgétaire, la comptabilité analytique pour obtenir une vision des prix de revient horaires pour les activités de services… Ce sont des prestations simples et pragmatiques mais il faut le temps de les réaliser et de les vendre. Pour les PME, les besoins portent sur des missions plus structurées. Donc notre prestation repose surtout sur du conseil et de la communication financière. Il faudra passer de la production comptable à la communication financière et aussi proposer la gestion fiscale et patrimoniale du dirigeant. Sur un autre plan, l'expert comptable doit intervenir dans la stratégie et le développement des entreprises.
Un article des Editions Législatives