Y a-t-il une attente de la part des auto-entrepreneurs à être accompagnés par un expert-comptable ?
Complètement. Les auto-entrepreneurs ont besoin de conseils de base mais n'osent pas venir vers les cabinets car ils ne savent pas ce que l'expert-comptable peut leur apporter. Ces auto-entrepreneurs ne voient que le côté "tenue de comptabilité" alors qu'ils attendent davantage de conseils fiscaux, juridiques, en gestion. Certains sont également freinés par le prix. Force est de constater que notre profession ne s'est pas adaptée aux besoins de cette clientèle car la plupart des experts-comptables n'ont pas formalisé d'offre dédiée.
Quelle offre spécifique les cabinets peuvent-ils proposer ?
Le premier conseil à apporter à cette clientèle se situe au niveau du choix de la forme juridique. De nombreux créateurs veulent partir tout de suite en auto-entreprise alors que ce régime ne leur correspond pas toujours. Par exemple, j'ai un client, responsable d'une sandwicherie, que j'ai fait directement passer au régime réel d'imposition car il n'avait aucun intérêt à rester auto-entrepreneur : le poids de ses charges était plus lourd que l'évaluation forfaitaire des charges dans le régime de l'auto-entreprise, notamment en raison d'investissements importants.
Par la suite, un suivi régulier est nécessaire pour conseiller au mieux le créateur d'entreprise et l'accompagner dans son développement. Au sein de notre cabinet, nous avons un pack spécifique auto-entrepreneur : nous nous occupons de l'établissement de toutes les déclarations de chiffre d'affaires et de la déclaration de revenus. Nous avons également mis en place un tableau de bord pour actualiser le chiffre d'affaires afin de surveiller les dépassements de seuils. L'auto-entrepreneur bénéficie aussi d'une heure de conseil par an et d'un rendez-vous en fin d'année pour faire le point et voir si le régime est toujours intéressant pour notre client.
Les missions auprès des auto-entrepreneurs sont-elles réservées à une taille de cabinet ?
Les auto-entrepreneurs sont faits pour tous les experts-comptables qui s'intéressent aux TPE et particulièrement aux créateurs d'entreprise. Peu importe qu'ils s'agissent de gros ou de petits cabinets. Ce qui compte, c'est de formaliser une offre et de mettre en place une organisation adéquate : mobiliser des collaborateurs sur ces dossiers pour rentabiliser ce type de mission…
Mais la mise en place d'un accompagnement spécifique est-elle pertinente sachant que ces missions ne sont pas très rentables ?
Evidemment, la rentabilité est limitée au départ. Avec notre pack, ces missions nous rapportent 30 euros par mois, par auto-entrepreneur. Mais à plus ou moins long terme, ces clients pourraient changer de régime et passer d'un régime forfaitaire à un régime réel d'imposition. En effet, la plupart des auto-entrepreneurs suivis par un conseil ne manquent pas d'ambition. Ils souhaitent dépasser les seuils, veulent faire évoluer leur activité en prenant des salariés, en se transformant en société… Le dépassement des seuils est lourd à gérer (facturation de la TVA dès le premier mois du dépassement, …) et ce sont autant d'honoraires à facturer ! Nous passons alors à des missions plus importantes. Nos honoraires peuvent ainsi être rapidement multipliés par 10. Il est donc primordial de capter cette clientèle dès le départ et être présent dans cette étape transitoire en anticipant le dépassement de seuils que nous pouvons préparer en amont.
Pour capter cette clientèle, encore faut-il l'attirer. C'est pourquoi vous avez eu l'idée de mettre en place, avec l'Ifec, une plate-forme de mise en relation entre experts-comptables et auto-entrepreneurs (1)…
Tout à fait. En général, c'est le bouche-à-oreille qui fonctionne mais pour capter davantage d'auto-entrepreneurs une mise en relation en ligne est beaucoup plus efficace. Il faut faire évoluer les a priori. Cette plate-forme nous permet de gagner du temps pour le premier rendez-vous. En effet, les créateurs ne réfléchissent pas toujours à leur projet en amont et il nous arrive d'en recevoir qui ne concrétisent rien derrière. Avec l'e-centre, les auto-entrepreneurs doivent répondre à une série de questions pour formaliser l'étude prévisionnelle du projet : investissements (véhicules, machines…) et frais généraux (locaux, assurances…), financement du projet, prix moyen des prestations, objectifs de vente et de rémunération, etc. Toutes ces informations sont intégrées dans un document ("Pass Expert") qui est transmis à l'expert-comptable que l'auto-entrepreneur aura choisi parmi ceux référencés sur l'e-centre (2). Cela nous permet ensuite de recevoir ces auto-entrepreneurs avec un projet déjà balisé.
Sébastien Fernandez, expert-comptable stagiaire et associé du groupe Génération Conseil à Montpellier, soutient son mémoire "Auto-entrepreneurs : clients potentiels de nos cabinets", lors de la session de novembre.
(1) Plate-forme lancée par l'Ifec, début octobre (www.e-centredesexpertscomptables.com).
(2) Plus de 600 experts-comptables se sont déjà inscrits
Un article des Editions Législatives