Une très large majorité de professionnels répondants est convaincue que la libéralisation prochaine du démarchage par l'expert-comptable aura de "réels impacts" sur la profession. C'est ce que révèle un sondage réalisé par le Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables (CSOEC), auquel 558 experts-comptables ont répondu (*). Les résultats, mis en ligne hier, sont assez tranchés (voir également l'encadré).
Les petits cabinets plus pessimistes
Plus de 3 professionnels sur 4 estiment que la décision de la Cour de justice de l'Union européenne d'avril dernier, entérinée par le Conseil d'Etat en juin, aura des conséquences négatives sur la profession. Les plus pessimistes sont les cabinets de 6 à 9 salariés et les professionnels de plus de 45 ans, indique le CSOEC. A l'inverse, seuls 3% des experts-comptables considèrent que l'autorisation de démarchage aura des effets "très positifs". Dans le détail, 77% des répondants estiment que l'impact sera plutôt défavorable en donnant une "image commerciale" de la profession alors que 20% pensent que cela véhiculera "une image moderne et dynamique".
Crainte d'une accentuation de la concurrence
Quelles seraient les conséquences pratiques de l'autorisation de démarchage sur les cabinets ? Les craintes des professionnels se précisent. La quasi-totalité des répondants considère que cette forme de communication va accentuer la concurrence entre les cabinets (pour 96%) et en favoriser certains (pour 93%). La baisse des prix est aussi considérée comme une conséquence probable ou possible du démarchage (pour 88% de répondants). Concernant les effets plus positifs, les avis sont très partagés. Moins de la moitié des personnes interrogées pensent que cela va ouvrir de nouveaux marchés et seul un tiers estime qu'elle permettra aux jeunes professionnels de s'installer plus facilement.
Des professionnels réticents au changement
Dans cette logique, 55% des répondants jugent préférables que la future réglementation interdise "toute forme de démarchage à l'exception de quelques pratiques". "Les experts-comptables ayant répondu sont (...) majoritairement favorables à la solution la plus proche de la réglementation actuelle", analyse le Conseil supérieur. La voie qui sera prise semble davantage être celle d'une autorisation encadrée, selon la position prise par le CSOEC en avril dernier.
Les pratiques envisagées dans le futur reflètent les inquiétudes exprimées par les professionnels. Seuls 23% des experts-comptables interrogés se disent prêts à recourir au démarchage. Et près de 45% déclarent ne pas savoir. Mais les réponses varient selon la taille du cabinet : les micro-cabinets de 1 à 2 salariés sont les plus réticents aux changements alors que les cabinets de plus de 49 salariés sont tout de même 40% à envisager cette forme de communication. A noter également qu'à peine la moitié des répondants pense recourir à la publicité dans les prochaines années… alors que cette pratique est autorisée depuis 2007.
Un sondage riche d'enseignements pour le Conseil supérieur qui réfléchit actuellement à la définition d'un encadrement du démarchage et à la refonte du code de déontologie.
Quelques chiffres clés du sondage du CSOEC
- Pour 82% des répondants, l'autorisation de démarchage aura de réels impacts sur la profession.
- Pour 76%, l'autorisation de démarchage aura des effets négatifs sur la profession (dont un tiers jugeant qu'ils seront "très" négatifs).
- 96% pensent que cette libéralisation va accroître la concurrence entre les cabinets.
- Pour 93%, cela va favoriser certains cabinets.
- 88% estiment que le démarchage va tirer les prix vers le bas.
- 55% souhaitent une interdiction globale du démarchage à l'exception de certaines pratiques.
- 24% des micro-cabinets n'envisagent pas de recourir au démarchage contre 40% des cabinets de plus de 49 salariés. 45% des répondants sont indécis.
Source : Sondage du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables, juillet 2011 |
(*) 558 répondants dont 56% de cabinets de moins de 10 salariés, 20% de 10 à 19 salariés, 12% de 20 à 49 salariés et 12% de plus de 49 collaborateurs. Le CSOEC précise que le questionnaire envoyé par mail à toute la profession "n'est pas un sondage au sens statistique. (...) Ces réponses ne constituent pas un échantillon représentatif de la population des experts-comptables (...). Toutefois, compte tenu du nombre élevé de réponses (...), nous pouvons considérer que ces résultats présentent une très bonne approximation de la réalité".
Un article des Editions Législatives